Owantshoozi, créer ou mourir !

OWANTSHOOZI

Lire la vidéo
Texte: Nahia Zubeldia Photos : Mito & Pierre Leibar
FB
PN
X

Share 

À l’image du fumier qui fait pousser des roses, les déchets les plus improbables peuvent cacher de véritables trésors. Encore faut-il avoir le regard affûté et le savoir-faire d’Owantshoozi pour les déceler et les révéler au grand jour.

Après leurs études (Master à l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne pour elle, Bachelor avec Prix de l’Authenticité à la Design Academy d’Eindhoven pour lui), frère et sœur décident de créer une marque.

Au moment de lui donner un nom, après avoir parcouru un dictionnaire basque de A à Z sans y dénicher aucun nom assez percutant, Ddiddue lance : « Owantshoozi ! ». L’interjection de surprise baptisera finalement la marque familiale. Il faut dire que ce nom leur va comme un gant : la surprise, c’est toute l’essence d’Owantshoozi. Celle qu’ils aiment déclencher chez les autres, mais surtout celle qu’ils cherchent à revivre, encore et toujours, dans leur processus créatif.

Car Juana et Ddiddue sont de grands enfants à l’œil plein de malice : les enfants d’un père défenseur de la culture et d’une mère amatrice de mode ; les petits-enfants de leur grand-mère, qui tenait une épicerie dans leur atelier actuel d’Ordiarp ; mais aussi les enfants de la Soule, province la plus sauvage du Pays Basque —dans le meilleur sens du terme, évidemment-. Loin d’eux la tentation de verser dans une mythologie basque folkloriste à la mords-moi-le-nœud. Ces deux-là sont profondément ancrés dans la modernité, mais ils ont la mythologie chevillée au corps, comme ce tatouage qu’ils n’hésitent pas à coudre sur la peau du Kautera, personnage de la mascarade souletine, relookant la tradition basque à coup de pop culture.

À la merci de la matière
Juana et Ddiddue n’établissent aucune hiérarchie entre les matières. Pour eux, le caoutchouc ne vaut pas moins que l’or, l’argent ne vaut pas mieux que la pierre. Car la valeur ne vient pas des matériaux mais du regard qu’on leur porte. En génies de la lampe, ils exaucent la botte en caoutchouc qui rêvait de devenir casquette, la toile de parachute qui voulait être un sac à main ou à la dalle de sol de la RATP qui se voyait déjà en haut de l’arbuste, sous forme de nichoir.
Les deux artisans méticuleux retroussent leurs manches pour faire danser aiguilles et ciseaux. Car ils font tout eux-mêmes, du design à la couture, de la réception de rebuts à la mise en boutique.

Ddiddue et Juana nagent à contre-courant du consumérisme et du jetable. Ils sont prêts à sauver tout ce qui leur tombe sous la main pour lui donner une seconde vie. À l’instar de Mary Poppins et de son sac à malice, ils parviennent à glisser dans une seule casquette une botte, une chambre à air de tracteur et une toile de parachute.

Solide légèreté
Si Juana et Ddiddue n’hésitent pas à se triturer les méninges, quand il s’agit de se poiler, ils ne sont jamais les derniers. La véritable sagesse, pour eux, consiste à choyer sa part de folie. Leur dernière création en est le témoin évident. Ces quatre coussins, réalisés avec un jeu de couture délicat, illustrent les quatre éléments à travers un fil interminable qui trace des dessins fins et complexes sur de la toile récupérée. Mais l’observateur attentif remarquera que le vent est représenté par une flatulence, et l’eau par une généreuse et foisonnante femme fontaine.

Cette audace humoristique, qui apporte une dimension supplémentaire au travail d’Owantshoozi, met également en lumière l’humilité de Juana et Ddiddue : leur création ne cherche jamais à fournir des réponses mais à susciter de nouvelles questions. Ils ne considèrent pas le client comme un simple récepteur passif d’objets finis. Ainsi, leurs nichoirs, réalisés à partir de sols de la RATP, sont conçus comme des puzzles que chacun et chacune peut assembler chez soi, sans clou ni vis. Les designers généreux choisissent ainsi de partager avec l’acheteur le frisson du processus créatif.

Des accessoires décorés
S’ils avaient pu dire à leur grand-mère que des chapeaux et accessoires créés dans son ancienne épicerie leur vaudraient un prix Chanel et un prix Hermès, elle aurait sans doute eu du mal à y croire (se serait-elle écriée “owantshoozi !” ?). Eh oui, chez Juana et Ddiddue, ce sont les distinctions qui volent en escadrille. Pour autant, au sommet de la fame, ils n’ont pas laissé le temps à leurs chevilles d’enfler. Ni une ni deux, ils se sont remis au travail, fidèles à leur nature d’artisans appliqués et infatigables.

Loin des projecteurs, ils ont mis à profit ces récompenses pour nourrir leur créativité, travailler avec des ateliers de Chanel, découvrir de nouvelles machines et même s’en équiper, pour pouvoir travailler encore, travailler toujours, travailler mieux, sans jamais se lasser.
Car, comme ils disent, “Sorkuntza ala hil!” (Créer ou mourir !).

Alki dévoile son nouveau siège : un atelier durable avec showroom et boutique

NOUVEL ATELIER & SHOWROOM ALKI

Texte: Nahia Zubeldia Photos: Mito & Pierre Leibar
FB
PN
X

Share 

La coopérative basque Alki tourne une page importante de son histoire en quittant son siège historique d’Itsasu après plus de 40 ans. Elle est désormais installée à Larresoro, dans un atelier flambant neuf et zéro énergie

Le nouvel atelier d’Alki, conçu par l’agence Leibar & Seigneurin, s’impose comme un modèle d’innovation durable. D’une surface de 8 260 m², il illustre l’engagement de la coopérative en faveur du développement économique et culturel du Pays Basque, tout en plaçant la durabilité au cœur de ses priorités.

L’architecture du bâtiment a été pensée pour s’adapter à la topographie pentue du terrain, réduisant l’impact écologique et optimisant les processus de production. Résultat : une organisation circulaire, un meilleur confort pour les équipes et une fabrication plus efficace.

« Grâce à une isolation avancée, il fonctionne sans chauffage ni climatisation”

Sur le plan énergétique, le site va encore plus loin : grâce à une isolation avancée, il fonctionne sans chauffage ni climatisation. L’éclairage naturel, amplifié par des façades ouvertes, minimise l’usage de lumière artificielle. En partenariat avec Enargia, fournisseur local, l’électricité est déjà 100 % renouvelable, et des panneaux solaires couvriront prochainement tous les besoins énergétiques du site.

Un showroom immersif, espace de création et de découverte
Le showroom de 400 m², imaginé par le studio Iratzoki, offre une plongée dans l’univers Alki, par des courbes et des transparences articulées autour d’un rideau de plus de 100 mètres de long. Ce lieu invite particuliers comme professionnels à découvrir les collections de mobilier Alki, qu’il s’agisse de créations pour la maison, de solutions pour la restauration ou d’aménagements de bureaux. Le showroom propose des espaces aménagés qui mettent en scène diverses ambiances, du restaurant au lounge, en passant par une salle de projection ou une bibliothèque, soulignant la grande versatilité des créations Alki.

Une boutique dédiée aux savoir-faire locaux
Pour enrichir l’expérience, une boutique attenante au showroom propose des objets conçus en collaboration avec des artisans et marques locales. De quoi découvrir ou redécouvrir le savoir-faire basque à travers une sélection soignée d’articles originaux, fabriqués sur place ou par d’autres créateurs de la région. Le showroom et la boutique sont ouverts du lundi au samedi, de 9h à 17h.

En savoir plus : Nouvel atelier Alki

Plus d’articles

View All

Les cartes Fournier : maîtres du jeu

FOURNIER

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito
FB
PN
X

Share 

Les premières parties du Mus, ce jeu de cartes unique en son genre, se déroulent au cœur de la province de Gipuzkoa.

Ce « poker basque », mentionné dès le XVIIIe siècle par le Père Larramendi dans sa Corografía o descripción general de la muy noble y leal Provincia de Guipuzcoa, fait appel à la malice, au bluff et à une communication subtile entre partenaires. Avec des expressions basques comme « hordago » ou « eduki », le jeu témoigne de ses origines profondément enracinées dans la culture locale.

Heraclio Fournier (1849-1916)
La fabrique à Vitoria – Gasteiz à la fin du XIXe siècle

Heraclio Fournier : l’as des as
C’est en 1870, à Vitoria/Gasteiz, qu’Heraclio Fournier, issu d’une lignée d’imprimeurs français, ouvre son propre atelier de lithographie, à l’âge de 19 ans. Sept ans plus tard, il commande au peintre local Diaz de Olano et au professeur de l’école d’Art de la ville le dessin d’un jeu de cartes baptisé « Vitoria ». Sans le savoir, Fournier pose les bases de ce qui deviendra le jeu de cartes le plus emblématique de la péninsule : la « baraja española ».

Partie de mus Ramiro Arrue (1892-1971) – Musée Basque de Bayonne

Une marque au rayonnement mondial
Le succès des cartes Fournier ne s’arrête pas au Mus. Avec une croissance constante, la marque se diversifie et conquiert de nouveaux marchés. En 1986, Naipes Heraclio Fournier SA s’associe à The United States Playing Card Company, devenant le leader mondial du marché des cartes à jouer.

Ancien logotype de la maison Fournier avec l’usine de production à Vitoria – Gasteiz.

« Malgré son expansion internationale, Fournier reste fidèle à ses racines.”

Une fabrication toujours enracinée au Pays basque
Malgré son expansion internationale, Fournier reste fidèle à ses racines. Ses cartes continuent d’être produites en Alava et équipent désormais les casinos du monde entier. Grâce à la diaspora basque, elles voyagent bien au-delà de la péninsule, animant des tournois de Mus de Buenos Aires à Vancouver en passant par Sydney.

Les cartes Fournier, symboles d’un savoir-faire unique, perpétuent une tradition séculaire tout en s’adaptant aux enjeux d’un marché global. Et si la partie semble bien entamée, le glas est encore loin d’avoir sonné.

Livre Hemendik : L’histoire de 50 objets iconiques du Pays Basque

Plus d’articles

View All

Sancheski, le premier skate en Europe

SANCHESKI

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito
FB
PN
X

Share 

La planche à roulettes basque Sancheski n’a rien à envier à ses homologues Outre-Atlantique. Grâce à une famille d’Irun, elle a sur adapter l’esprit du surf à la glisse urbaine.

En 1964, alors que les planches de surf envahissent les vagues de la côte basque, une planche d’un autre genre atterrit à l’aéroport de Biarritz. Le « roll-surf », ou « planche à surfer les trottoirs », débarque de Californie pour investir les espaces urbains de la région. Grâce à elle, une journée sans vagues n’est plus synonyme d’une journée sans glisse. Une petite révolution est en route.

De la neige à l’asphalte
L’événement ne passe pas inaperçu auprès d’une famille d’Irun. À la tête de Sancheski depuis 1934, entreprise de fabrication de skis et d’équipement de sport, la famille Sanchez peine à vendre sa production face à la concurrence croissante des marques françaises et autrichiennes. En 1966, le père décide de diversifier son activité. Outre les pentes enneigées, Sancheski adapte ses machines pour concevoir des planches destinées à dévaler le bitume.

Reste à promouvoir cette nouvelle activité qui n’en est qu’à ses prémices en Europe. Les frères Sanchez fondent la Sancheski Team et sillonnent l’Espagne et la France pour proposer des démonstrations de skate aux collèges et autres lieux qui veulent bien les accueillir.

Pionnière en Europe
La première marque de skate européenne est née. Les différents modèles de skateboards sont fabriqués à partir d’un même ensemble de matériaux : une base de bois massif montée sur des axes et des roues de patins à roulettes. Puis, des planches en contreplaqué cintré, en fibre de verre et enfin en polyéthylène avec le modèle « top naranja ». Ce modèle devient rapidement la référence au début des années 1970, jusqu’à être rebaptisé « el sancheski ».

Démonstration de skate par le Sancheski team à Madrid – 1978

« Le premier skatepark du continent est construit à Erromardie (Saint-Jean-de-Luz) en 1977.”

Une renommée déferlante
Des améliorations techniques sont vites apportées à la planche, notamment la roue en uréthane en 1973, véritable révolution. Plus durable et offrant une meilleure tenue de route, elle ouvre la voie à l’explosion du phénomène skate, qui devient international. L’engouement dépasse les frontières du Pays basque pour s’étendre à toute l’Europe. Le premier skatepark du continent est construit à Erromardie (Saint-Jean-de-Luz) en 1977. Puis les villes de Getxo, Gernika et bien d’autres se munissent de rampes pour attirer les riders.

Sancheski a inspiré de nombreuses autres marques de skate locales, mais elle continue, portée par la nouvelle génération de la famille Sanchez, de proposer des planches toujours plus performantes et innovantes. La dernière en date ? Le « Surf-skate », créé à l’occasion des cinquante ans de la marque en 2016, dont l’axe plus souple permet de réaliser en ville des figures semblables à celles du surf. Sur les pavés, la plage.

Plus d’articles

View All