Les cartes Fournier : maîtres du jeu

FOURNIER

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito
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Les premières parties du Mus, ce jeu de cartes unique en son genre, se déroulent au cœur de la province de Gipuzkoa.

Ce « poker basque », mentionné dès le XVIIIe siècle par le Père Larramendi dans sa Corografía o descripción general de la muy noble y leal Provincia de Guipuzcoa, fait appel à la malice, au bluff et à une communication subtile entre partenaires. Avec des expressions basques comme « hordago » ou « eduki », le jeu témoigne de ses origines profondément enracinées dans la culture locale.

Heraclio Fournier (1849-1916)
La fabrique à Vitoria – Gasteiz à la fin du XIXe siècle

Heraclio Fournier : l’as des as
C’est en 1870, à Vitoria/Gasteiz, qu’Heraclio Fournier, issu d’une lignée d’imprimeurs français, ouvre son propre atelier de lithographie, à l’âge de 19 ans. Sept ans plus tard, il commande au peintre local Diaz de Olano et au professeur de l’école d’Art de la ville le dessin d’un jeu de cartes baptisé « Vitoria ». Sans le savoir, Fournier pose les bases de ce qui deviendra le jeu de cartes le plus emblématique de la péninsule : la « baraja española ».

Partie de mus Ramiro Arrue (1892-1971) – Musée Basque de Bayonne

Une marque au rayonnement mondial
Le succès des cartes Fournier ne s’arrête pas au Mus. Avec une croissance constante, la marque se diversifie et conquiert de nouveaux marchés. En 1986, Naipes Heraclio Fournier SA s’associe à The United States Playing Card Company, devenant le leader mondial du marché des cartes à jouer.

Ancien logotype de la maison Fournier avec l’usine de production à Vitoria – Gasteiz.

« Malgré son expansion internationale, Fournier reste fidèle à ses racines.”

Une fabrication toujours enracinée au Pays basque
Malgré son expansion internationale, Fournier reste fidèle à ses racines. Ses cartes continuent d’être produites en Alava et équipent désormais les casinos du monde entier. Grâce à la diaspora basque, elles voyagent bien au-delà de la péninsule, animant des tournois de Mus de Buenos Aires à Vancouver en passant par Sydney.

Les cartes Fournier, symboles d’un savoir-faire unique, perpétuent une tradition séculaire tout en s’adaptant aux enjeux d’un marché global. Et si la partie semble bien entamée, le glas est encore loin d’avoir sonné.

Livre Hemendik : L’histoire de 50 objets iconiques du Pays Basque

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Sancheski, le premier skate en Europe

SANCHESKI

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito
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La planche à roulettes basque Sancheski n’a rien à envier à ses homologues Outre-Atlantique. Grâce à une famille d’Irun, elle a sur adapter l’esprit du surf à la glisse urbaine.

En 1964, alors que les planches de surf envahissent les vagues de la côte basque, une planche d’un autre genre atterrit à l’aéroport de Biarritz. Le « roll-surf », ou « planche à surfer les trottoirs », débarque de Californie pour investir les espaces urbains de la région. Grâce à elle, une journée sans vagues n’est plus synonyme d’une journée sans glisse. Une petite révolution est en route.

De la neige à l’asphalte
L’événement ne passe pas inaperçu auprès d’une famille d’Irun. À la tête de Sancheski depuis 1934, entreprise de fabrication de skis et d’équipement de sport, la famille Sanchez peine à vendre sa production face à la concurrence croissante des marques françaises et autrichiennes. En 1966, le père décide de diversifier son activité. Outre les pentes enneigées, Sancheski adapte ses machines pour concevoir des planches destinées à dévaler le bitume.

Reste à promouvoir cette nouvelle activité qui n’en est qu’à ses prémices en Europe. Les frères Sanchez fondent la Sancheski Team et sillonnent l’Espagne et la France pour proposer des démonstrations de skate aux collèges et autres lieux qui veulent bien les accueillir.

Pionnière en Europe
La première marque de skate européenne est née. Les différents modèles de skateboards sont fabriqués à partir d’un même ensemble de matériaux : une base de bois massif montée sur des axes et des roues de patins à roulettes. Puis, des planches en contreplaqué cintré, en fibre de verre et enfin en polyéthylène avec le modèle « top naranja ». Ce modèle devient rapidement la référence au début des années 1970, jusqu’à être rebaptisé « el sancheski ».

Démonstration de skate par le Sancheski team à Madrid – 1978

« Le premier skatepark du continent est construit à Erromardie (Saint-Jean-de-Luz) en 1977.”

Une renommée déferlante
Des améliorations techniques sont vites apportées à la planche, notamment la roue en uréthane en 1973, véritable révolution. Plus durable et offrant une meilleure tenue de route, elle ouvre la voie à l’explosion du phénomène skate, qui devient international. L’engouement dépasse les frontières du Pays basque pour s’étendre à toute l’Europe. Le premier skatepark du continent est construit à Erromardie (Saint-Jean-de-Luz) en 1977. Puis les villes de Getxo, Gernika et bien d’autres se munissent de rampes pour attirer les riders.

Sancheski a inspiré de nombreuses autres marques de skate locales, mais elle continue, portée par la nouvelle génération de la famille Sanchez, de proposer des planches toujours plus performantes et innovantes. La dernière en date ? Le « Surf-skate », créé à l’occasion des cinquante ans de la marque en 2016, dont l’axe plus souple permet de réaliser en ville des figures semblables à celles du surf. Sur les pavés, la plage.

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Lampes B.Lux : des idées lumineuses et multiformes

B.LUX

Texte: Naia Zubeldia / Photos: B.Lux
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Fondée en 1979 à Markina, en Biscaye, l’entreprise de luminaires B.Lux s’impose comme un établissement pionnier, dans un contexte industriel traditionnellement dominé par la sidérurgie et les machines-outils.

Dès ses débuts, elle se distingue par son approche novatrice, combinant fabrication locale, design d’exception et ouverture internationale. B.Lux privilégie une production locale et de qualité, entièrement réalisée dans son usine de Gizaburuaga, doublée en capacité dès la fin des années 1980.

Plusieurs unités spécialisées de la région complètent la chaîne de fabrication, prenant en charge des procédés tels que l’emboutissage du métal, l’extrusion ou encore l’injection plastique. Contrairement à de nombreuses entreprises qui délocalisent vers l’Asie, B.Lux choisit de conserver envers et contre tout son ancrage territorial.

Guillermo Capdevilla pionnier du design en Pays basque avec une équipe de designers au centre DZ Diseinu Zentrua à Bilbao – 1985
Couverture du premier catalogue de la collection Belux System -1980

Le design au cœur de la stratégie
Le design est un pilier fondateur pour B.Lux, qui collabore, dès ses débuts, avec des créateurs de grand talent. Dans les années 1980, Guillermo Capdevilla, pionnier du design industriel au Pays Basque, ouvre la voie avec des créations novatrices qui marqueront durablement l’identité de B.Lux.

Il est rapidement rejoint par d’autres grands noms du design, tels que Jorge Pensi, Miguel Ángel Ciganda et plus récemment David Abad, Stone Designs ou Tim Brauns. Ensemble, ils développent des luminaires au design intemporel, régulièrement récompensés par des prix internationaux.

Projets architecturaux et extérieurs
Depuis 2001, B.Lux développe des systèmes d’éclairage pour des projets architecturaux d’envergure, collaborant avec des architectes de renom tels que Frank O. Gehry, Patxi Mangado ou Dominique Perrault. En parallèle, l’entreprise propose des modèles pour l’éclairage extérieur, dont certains, comme la lampe Kanpazar (Jon Santacoloma), ont reçu des prix internationaux de design.

Conçue en 1979 par Guillermo Capdevilla, la collection Belux system est rééditée en 2019.
Collection Aspen (Werner Aisslinger) : Lampes à doubles abat-jours aux teintes mates et combinables, offrant un éclairage sophistiqué, à la fois direct et diffus.
Belux system (Guillermo Capdevilla, 1979) : Une collection de lampes articulées, rééditée en 2019 pour son intemporalité.

« Avec une présence dans plus de 50 pays, B.Lux conjugue savoir-faire local et vision globale.”

Une référence internationale
Avec une présence dans plus de 50 pays, B.Lux conjugue savoir-faire local et vision globale. La complémentarité entre les savoir-faire industriels basques et le talent de designers locaux et internationaux a permis à cette entreprise familiale de devenir une référence dans l’univers du luminaire design.

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Notox : des planches de surf écologiques et performantes

NOTOX

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito & Notox
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Pierre Pomiers et Benoît Rameix, passionnés de surf et collègues dans une entreprise de robotique, décident d’agir.

Une véritable harmonie avec la nature
Au tournant des années 2000, le surf, pourtant en symbiose avec la nature, révèle sa facette inavouable. La confection des planches génère une pollution importante : une planche de 3 kg produit 6 kg de déchets dangereux, et les matériaux nécessaires à sa fabrication parcourent en moyenne 9 000 km.

Face à ce constat, Pierre Pomiers et Benoît Rameix, passionnés de surf et collègues dans une entreprise de robotique, décident d’agir.

En 2006, ils fondent à Anglet Notox, un atelier innovant qui place la santé des artisans et l’environnement au cœur de ses priorités. En collaboration avec la médecine du travail, ils équipent leur atelier pour minimiser les nuisances : aspiration des particules fines, réduction du bruit, substitution des solvants toxiques et recyclage des déchets.

Les premières planches écologiques
En 2010, Notox lance sa première planche de surf écologique en fibre de lin. Son noyau en polystyrène recyclé et sa résine époxy biosourcée (56 % d’origine végétale) réduisent drastiquement son empreinte écologique : les matériaux sont relocalisés à 700 km et 75 % des 4 kg de déchets produits par planche sont recyclés. Cette innovation garantit également des performances optimales : légèreté, absorption des vibrations et maniabilité.

Chantournement et ponçage d’une planche en liège

« Alliant technicité, responsabilité écologique et accessibilité, Notox incarne une nouvelle vision du surf.”

La révolution du liège
En 2016, après trois ans de recherche, Notox crée sa planche en liège, idéale pour les surfeurs débutants et intermédiaires. Résistant aux chocs et antidérapant, le liège rend inutile l’utilisation de wax. Cette planche remporte un succès immédiat et représente aujourd’hui plus de 50 % de la production.

Une marque en pleine expansion
Les créations de Notox, exposées dans de nombreux salons et lors de l’Exposition universelle de Milan en 2015, attirent l’attention internationale. Aujourd’hui, 20 % des ventes sont réalisées à l’export, et la marque envisage l’ouverture d’un atelier sous licence en Australie.
Alliant technicité, responsabilité écologique et accessibilité, Notox incarne une nouvelle vision du surf, où passion et respect de l’environnement peuvent enfin naviguer ensemble.

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Gabardine Loreak Mendian : la volonté des grands sommets

LOREAK MENDIAN

Texte: Naia Zubeldia / Photos : Loreak Mendian
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En 1992, Xabi Zirikiain, fraîchement diplômé en ingénierie mécanique, retourne à Donostia-Saint-Sébastien après une année sabbatique marquée par une traversée de l’Atlantique et un voyage en Inde.

Inspiré par ses expériences, il commence à produire des t-shirts floqués « Loreak Mendian » (des fleurs à la montagne). En 1995, avec son ami Victor Serna, il ouvre une petite boutique sur le port de Donostia. Xabi conçoit les vêtements, Victor les vend. Leur proposition : un style urbain mêlé à une proximité avec la nature.

Boutique historique sur le port de Saint-Sébastien

La marque trace son sillage
Rapidement, Loreak Mendian devient incontournable dans la mode locale. Ses sweat-shirts ornés de fleurs séduisent une clientèle jeune et variée, au sud comme au nord du Pays Basque. Fidèle à ses valeurs, la marque propose dès le départ des vêtements unisexes inspirés des tendances culturelles et sociales. En 2011, elle emploie soixante personnes et gère douze boutiques.

Un tournant stylistique
À partir de 2015, Loreak Mendian abandonne son positionnement initial entre surfwear et streetwear pour des collections plus sophistiquées. Le style devient graphique et chic, tout en restant fidèle à l’identité de la marque : créativité, ancrage territorial et universalité. Ce passage à une esthétique plus mature s’incarne dans la gabardine Ura (l’eau).

« Disponible en teintes sobres ou électriques, Ura devient rapidement un produit phare de la marque”

Ura : une pièce emblématique
Inspirée par le climat pluvieux du Pays Basque, cette gabardine allie élégance minimaliste et technicité. Confectionnée en tissu britannique imperméable de coton tressé, elle protège de la pluie sans le rendu brillant d’un ciré. Disponible en teintes sobres ou électriques, Ura devient rapidement un produit phare de la marque.

Un horizon sans frontières
Aujourd’hui, Loreak Mendian s’impose sur les marchés internationaux et se tourne vers les grandes enseignes. En 2019, la marque fusionne avec le groupe Ternua, spécialisé dans les textiles et équipements sportifs, et engagé dans une démarche écologique. Présente dans 50 pays, Loreak Mendian continue d’étendre ses branches sans jamais renier ses racines.

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Palmadera : des petites surfaces aux grandes ambitions

PALMADERA

Texte: Naia Zubeldia / Photos: Mito
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En 1962, l’entreprise Palmadera s’installe à Bera/Vera de Bidasoa, en Navarre, en apportant une technique allemande novatrice : la fabrication d’objets en contreplaqué moulé.

Les produits, composés de feuilles de hêtre imprégnées de résine phénolique et comprimées sous haute pression, séduisent rapidement. La robustesse et la polyvalence de ces matériaux les rendent indispensables, du mobilier scolaire aux plateaux d’hôtellerie.

Un perfectionnement continu
Dans les années 1990, Palmadera modernise ses procédés en introduisant du papier Kraft dans les couches intermédiaires et en améliorant les finitions grâce au placage en chêne. Ce matériau, à la fois esthétique et pratique, devient un standard dans le secteur hôtelier. En 2005, en collaboration avec le studio Zoocreative, Palmadera lance une collection primée de plats et de plateaux, conquérant des marques prestigieuses comme Starbucks, McDonald’s et Zara Home, en quête de designs personnalisés.

L’architecture comme nouvel horizon
La technologie de compression développée par Palmadera prend une nouvelle dimension en 1992, lorsque des panneaux de bois sont utilisés pour habiller des pavillons lors de l’Exposition universelle de Séville. Ce succès propulse l’entreprise dans le secteur architectural. Le groupe Palmadera, représenté par sa marque sœur Parklex, développe des panneaux stratifiés en bois capables de résister aux conditions climatiques les plus extrêmes.

Université de Washingtongo
Architecte : Perkins+Will
Hall of Waterfront City – Chongqing
Architecte : Shangai Tianhua
5 St Paul’s Square Liverpool
Architecte : RHWL

« Avec 130 employés et une présence dans le monde entier, Palmadera et Parklex sont aujourd’hui des acteurs incontournables du design industriel ”

Une innovation au service des architectes
Les panneaux Parklex deviennent un choix privilégié pour des projets architecturaux exigeants. Ils permettent de réaliser des façades ventilées, des parois courbes, des garde-corps, des faux plafonds et des sols ultra résistants. Leur versatilité invite les architectes à repousser les limites de la créativité.

Des réalisations prestigieuses à travers le monde
Les panneaux stratifiés Parklex habillent les murs de bâtiments emblématiques :

Musée Guggenheim de Frank Gehry à Bilbao.
W Barcelona Hôtel de Ricardo Bofill.
Hôtel Silken Puerta América à Madrid, suites Jean Nouvel.
Hôtel de Région Rhône-Alpes de Christian de Portzamparc.

On les retrouve également dans des projets internationaux tels que :

5 St Paul’s Square à Liverpool.
Université de Washington à Seattle.
Woodview Mews à Croydon.
Hall of Waterfront City à Chongqing
Fast Lane Center à Tel Aviv.

Une entreprise en pleine croissance
Avec 130 employés et une présence dans le monde entier, Palmadera et Parklex sont aujourd’hui des acteurs incontournables du design industriel et de l’architecture, alliant tradition et innovation.

Le livre Hemendik : L’histoire de 50 objets iconiques du Pays Basque

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